Comme cette roue, l'histoire tourne, avec toutes ses aspérités, ses hauts et ses bas

 

Mèsèdo, le messager

 

           Le visiteur qui a prêté une petite attention à la description de la ville d’Abomey faite sur ce site, s’est certainement fait une idée de ce que peut bien être cette ville. Nous l’invitons maintenant à faire un voyage dans le temps et de se retrouver dans cette même ville, mais à une autre époque.
Soyez les bienvenus dans la ville. Nous sommes dans les années 2070 Le progrès tant rêvé et clamé par les habitants de cette ville, il y a des années, est maintenant au rendez-vous. Des immeubles ultra modernes se dressent par-ci par-là, d’immenses rues traversent des quartiers très chics ; des industries foisonnent. Le quartier HOUNTONDJI où fût bâti le premier palais royal, est devenu une relique à Manhattan. Tout a tellement changé qu’on avait du mal à distinguer le jour de la nuit. Les lumières des gros réverbères, le bruit des machines des usines ont complètement trahi le chant des coqs.


Abomey by night en 2070


        Au détour d’une avenue, au milieu d’une jungle de gratte-ciel, dans une sorte de clairière, se retrouve un ensemble de bâtis qui tranchent outrageusement avec la débauche de cristal et béton environnante. En effet, des murs de quelques mètres de hauteur, crénelés, rouge en terre de bar ; des toits en tôles ondulées ou en paille, une architecture antique, des bas-reliefs sur les murs, des cases …. Que cela ne trompe personne ! C’est bel et bien ce que vous avez deviné. C’est le musée historique d’Abomey. eh oui ! Ce fleuron de l’architecture dahoméenne. Le musée est resté le seul îlot encore debout de l’authenticité de la culture béninoise.
Malgré le détachement apparent de toute la population pour ce musée, il existe une grappe de personnes solidement et résolument encrées à la tradition et au maintien de la culture ancestrale. Parmi ceux-ci, il y a MITON, un vieux sage, seul rescapé d’une ancienne famille royale qui s’occupe encore du musée ; NAN TASSI, sa cousine, une vielle femme de 82 ans. Ils se font aider dans leur tâche d’entretien par un homme entre deux âges, VISSEDESSIN, qui avait travaillé au musée comme guide.
Aujourd’hui personne ne visite plus le musée mais ces trois personnes donnent tout ce qu’ils ont pour garder les bâtiments dans l’état que nous lui connaissons actuellement.
Comme la coutume le recommandait depuis les temps immémoriaux, tous les jours du marché HUNJLO, (marché sis au cœur de la ville) la tombe du roi doit recevoir des libations. Ce rituel des conditions sacrées s’appelait djèhuhu. Il doit être effectué par une femme, pas n’importe laquelle, une princesse, une vraie princesse ou,  à défaut, une femme à sang royal dans les veines. De plus, il ne doit pas être exécuté par une princesse qui continu d’avoir ses menstrues. Ce fameux rituel consiste à préparer 41 différents repas et à les apporter sur la tombe du roi. La princesse est astreinte à goûter tous les repas pour prouver son amour pour la tâche qu’elle exécute. Elle les dépose sur la tombe et sert de l’eau. Ensuite elle doit chanter les louanges panégyriques spécifique à l’esprit du roi défunt. Le jour du rituel les portes du musée sont fermées au public.
De toute façon en cette matinée d’harmattan, personne ne penserait se hasarder au musée. Une brume épaisse enveloppait toute la ville, et malgré la présence des gros lampadaires il était difficile de distinguer à dix mètres de soi. Ce fait ne faisait qu’ajouter à cette atmosphère tendue qui planait depuis plusieurs mois. En effet un vent d’effroi est en train de souffler sur la population et sur toutes les grandes instances du pays.
Ce matin-là la brise tropicale caresse le macadam de l’avenue hunjlo. Son souffle ramasse un journal froissé pour l’abandonner un peu plus loin. Pendant que le journal roulait on pouvait entr’apercevoir le titre à la une : " nouvel échec dans la recherche pour diagnostiquer le mal qui frappe le pays."
A quelques rues de là, on entendait le ululement lugubre d’une sirène de la police Qu’est – il entrain de se passer dans cette belle cité qui respirait autrefois la paix et la quiétude.
Un bug
Un bug ?
Un bug ! …..rien de plus . UN BUG …….
Mais quelle sorte de bug ?
Eh bien un bug organique. Aucune femme n’arrive plus à concevoir ! Les gynécologues sont débordés.
Une vague de stérilité collective. La population est affolée. Le gouvernement a lancé une vaste campagne de recherche pour palier au mal. Et les chercheurs de tous ordres s’échinent sur leurs machines dans les laboratoires. Mais rien n’y fît.
Depuis plus d’un an le phénomène prend de l’ampleur et se généralise. Plus de bébé dans la belle cité.

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*      *


       Aujourd’hui c’est le jour du marché hunjlo. La vieille TASSI, malgré le poids de l’âge et tout le froid qui plane sur la ville, se lève très tôt pour sacrifier à la tradition : préparer les 41 plats à temps. A 8h déjà elle avait fini et pris la route qui mène au musée. Les passants qui la croisaient courbée sous le poids du panier de victuailles, la regardaient avec étonnement. Quelques uns de ceux qui la connaissaient lui lançaient des railleries.

- Alors la vieille ! Toujours à flirter avec les fantômes ? disaient certains.

-  Tu finiras par te reposer lorsqu’on finira par raser cette bâtisse pour construire y construire de vrais immeubles. La vieille TASSI ne s’émouvait aucunement de ces sarcasmes et continuait lentement son chemin.

Arrivée sur la tombe, elle a exposé les plats et commencé sa litanie . Soudain, elle se sentit mal et sa vision commence par se brouiller. Tout commença à onduler autour d’elle et elle entendit un grand coup de tonnerre, vit un éclair l’éblouir puis elle s’évanouit.

Lentement, TASSI retrouva ses esprits après un temps qui lui parut une éternité Elle jeta un regard circulaire autour d’elle pour voir les dégâts. Elle se rendit compte que tous les plats étaient vides et la carafe aussi. Juste au-dessus de la tombe, elle aperçut au mur une inscription qu’elle arriva difficilement à déchiffrer. C’était écrit dans la langue fon parlée au XVIIIè siècle. Elle doit s’y reprendre à plusieurs fois pour arriver à lire cet épitaphe qui n’existait pas là avant.

" Mon royaume survivra "

Un frisson la parcourut de la tête au pied et elle sentit une sourde chaleur dans le bas-ventre. Une appréhension insidieuse s’empara d’elle, qu’elle essaya de rejeter.
Pendant tout ce temps que Tassi passa au musée, les siens commençaient par s’inquiéter. A son arrivée, elle était décoiffée les yeux hagards et marchait comme une somnambule. Son frère Aho s’approcha d’elle :

- Tassi, qu’as-tu fait pendant tout ce temps ? On s’inquiétait pour toi.

- …

- Mais que t’est-t-il arrivé ?

- As-tu été agressé dans la rue ? Raconte-moi ce qui s’est passé !

- Le roi…

- Le roi ? Mais quel roi

- Dada Gbêhen azin (lisez Béhanzin)

- Gbê quoi ? … Et alors ?

Il est revenu. Et il est passé à travers moi, répondit Tassi le regard dans le vague. Je porte sa semence… dada veut sauver son royaume il a dit.
Mais tu délires complètement. Je ne piges rien à ce que tu me chantes là, fit Aho exaspéré par les propos décousus de sa sœur. Tu es devenue gâteuse.
Aho se dirigea chez daa Xovi Miton, vu que c’est la seule personne qui pouvait comprendre quelque chose aux histoires de roi et qui arrivait à maîtriser un tant soit peu cette rebelle de Tassi. Mais lorsque Miton essaya de savoir ce qui était arrivé à Tassi, il n’obtint pas plus de succès que Aho. Tassi s’était menée dans un mutisme absolu et ne chantait à longueur de journée que de vieilles litanies que personne connaissait plus. Tout le monde la prenait pour une folle.

- Ouais, il faut la comprendre, c’est l’âge disaient les plus indulgents.

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*     *

    Deux mois plus tard, cela ne faisait plus l’ombre d’aucun doute, Tassi était bel et bien enceinte.
Sur très peu de temps, la nouvelle atteind tous les coins du pays. Elle parcourut toutes les lèvres et parvint à toutes les oreilles.
Dans un pays où aucune femme ne concevait plus, une vieille femme de 82 ans ; à demi folle, est tombé enceinte et de père inconnu. Ça fait l’effet d’un coup de tonnerre.
Toute tentative pour découvrir l’auteur de la grossesse de Tassi était restée vaine. Les supputations allèrent bon train.

- C’est une nouvelle immaculée conception

- Moi je vous dis : c’est certainement VISSEDESSIN qui s’est satisfait avec la mémé.

- Ou alors c’est le vieux Miton qui a retrouvé une nouvelle jeunesse.

- Ce n’est pas un enfant qu’elle attend. C’est peut être une maladie qui fait grossir le ventre.

Mais personne n’arrivait à expliquer la conception de Tassi. Des hommes plaisantins prétentieux allèrent jusqu’à prétendre qu’ils en étaient auteurs.

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