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Bon! Notre histoire roule alors et s’arrête sur un grand village aussi vaste que
votre ventre. Un village aussi peuplé que le ventre de Dieu où
les habitants ne connaissaient ni petit-déjeuner, ni déjeuner ni dîner.
Connaissez-vous le nom de ce village ? Ne dites rien ; même
si vous étiez Dieu, vous ne pourriez le deviner . Je disais donc
que ce village aussi gigantesque que ma tête avait pour nom Zomaï.
L’utilisation du feu était scrupuleusement interdite aux Hommes
qui y vivaient. Dès lors , ils se contentaient de vin de
palme et de crudités. Les femmes se faisaient régulièrement
surprendre en flagrant de natte…euh de lit…non , délit !
d’adultère ; tellement la chaleur amicale était intense
que seul, le chemin du Salut , c’était l'amour.
Un
jour, alors que le chef du village de Zomaï , Dah
Tévos , confortablement installé sur son trône, tenait
une réunion avec les jeunes sur la destinée des générations à
venir, Awontin, digne dignitaire du roi, mit le feu à une case
pour savoir réellement les raisons qui motivent l’interdiction
de l’usage du feu dans le village.
Savez-vous
ce qui s’est passé ? Oui ! Bon, alors, je me tais.
Non ? Je continue alors !
Le
roi se transforma en un grand serpent tenant en sa bouche un
cure-dent. De ses dents fusaient milles feux. Tout son corps se mit
à rougir et tel un dragon il crachait du feu provoquant
l’incendie des concessions dans tout le royaume. Pour échapper à ce désastre,
les femmes enceintes couraient plus rapidement que les hommes ;
les estropies étaient irrattrapables. Tellement ils étaient plus rapides que les femmes enceintes qu'aujourd'hui
que le meilleur record en sprint aux jeux olympiques devrait avoir
honte;
les hommes, les derniers de la course n'ont plus autre soucis:
Comment vivre ses demains. Les vieux, qui n’en
pouvaient s’enfuir, profondément blessés dans leur
amour propre, trouvèrent leur corps calciné et n’avaient
plus autre choix que le Paradis ou l’enfer. Ceux qui se sauvèrent
leur vie menacée de cuisine à la Jeanne d’Arc remerciaient
avec vive protestation leur dieu. D’un instant
à l’autre, le serpent se mit à s’enfler ; C’était la
panique totale ; oui, il gagna encore et encore du volume et
s’éclata gboum, telle
une bombe, puis s’évapora. C’est alors à cet instant qu’on
vit au sol à la même place une calebasse lumineuse bien
couverte. Personne n’osait s’y approcher même les plus grands
bokonon ( charlatans) de la région s’en méfiaient. Même
Awontin, le grand coupable de cet incendie macabre fut allègrement
calciné par ce feu ambiant qu’il provoqua. Tout fumait. Même
la nature en a payé les frais . Un gâchis total !
Certains rescapés s’éloignèrent vers la côte et d’autres
c’est à dire les plus courageux restèrent mais sans abris. Des
jours passèrent et des nuits aussi . Les produits agricoles
se faisaient rares ; la terre devenue stérile n’offrait
plus rien aux populations ; une grande disette s’installa .
Rien n’avançait dans le village. Les jeunes du village
devinrent de plus en plus gros comme un chêne, voyaient leur
espoir s’amenuiser au grand bonheur des cimetières.
Apparemment
nul ne pouvait conjurer ce sort qui venait de s’abattre sur ce
royaume. Les populations souffraient, leurs jours étaient noirs
et leurs nuits toujours blanches. Mais
la calebasse est restée
là d’une luminosité grandissante. Elle brillait de mille
couleurs féeriques et illuminait de fort belle manière tout
le village. Quarante et un jours, plus tard , dans la nuit
profonde, un vagissement strident déchira le silence . Une
voix étrange se fit entendre :“ Je suis Dah Tévos
votre roi. Cette calebasse est magique ; là réside la clef
de votre bonheur ouvrez la et vous verrez”. Les habitants
l’ouvrirent. De magnifiques bulles en sortirent et se transformèrent
en arc-en-ciel. La calebasse
quant à elle se transforma en un grand iroko. Le ciel
couvert de son drap noir compact végétant dans une tristesse
inouïe laissait entrevoir cette transformation de la calebasse
lumineuse en un arc-en-ciel.
Le
lendemain, les rescapés de cette étrange histoire revinrent de
nouveau dans le village. La vie reprend son cours normal. De jour
en jour, les produits agricoles se faisaient de plus en plus
rares. La terre aussi stérile que le ventre d’une centenaire
dix fois ménopausée rivalisait d’ardeur avec le désert.
Quelques
jours plus tard, alors que les jeunes se sont réunis pour
élucider le mystère de la calebasse, la
voix du roi se fit entendre de nouveau
depuis le ciel : « Votre avenir et la prospérité
de ce village dépendront de vous. Travailler, Faites des
offrandes aux ancêtres, Quittez ce village et allez vous
installer à Zomatchi, là où le feu, la lumière de la joie de
vivre ne s’éteindra à jamais. Un jour viendra, vos frères qui
se sont enfuis vers d’autres horizons à la suite de
l’incendie s’apprêtent déjà pour le RETOUR. Aplanissez les
voies et faites chanter les muscles. J’ai parlé. »
Ils
se regardèrent, stupéfaits ; le silence dans la chair, la
peur dans les veines. La réponse à leur mal vient d’être
trouvée. Le lendemain, ils
se remettent au travail, pourvus d’abnégation et
d’optimisme. Zomatchi se transforma en un paradis. Les
populations mangèrent à leur faim ; la terre était plus
fertile et abondante en ressources. Les jeunes se sont
minutieusement préparés pour accueillir leurs frères afin de
boucher, ensemble, les trous de la jarre trouée.
Enfin
le jour arriva. Les peuples ont accueilli
leurs frères ; c’était une grande fête. Ils mangèrent
jusqu’à s’en mordre les lèvres et buvèrent à rompre la
gorge. La paix les enveloppa tous à travers ZOMATCHI où le feu
de l’Unité et de la Paix brûle et brille depuis des lustres.
Et des lustres…Et des…Et…