TEMOIGNAGES

 

LA CIVILITE

 

Le terme de civilité est désormais omniprésent sous la forme à la fois vague, indirecte et paradoxale des "incivilités": cette notion est d'autant plus répandue et prétendument évidente qu'elle constitue une simple étiquette, commode mais sans réelle consistance conceptuelle.

Une réalité infra-juridique

Le droit ignore la notion de civilité. Seuls existent des actes (et non des attitudes) qui sont soit conformes, soit en infraction avec la loi. Ainsi le droit pénal distingue-t-il, par ordre croissant de gravité, les infractions (passibles du tribunal de police), les délits (tribunal correctionnel) et les crimes (cour d'assises). Le comportement désagréable d'autrui, ses manquements aux bonnes manières, les dérangements (volontaires ou non) apportés aux coutumes peuvent certes rendre la vie commune difficile. Mais ces incivilités (cracher, ne pas respecter une file d'attente, etc.) constituent des actes juridiquement non qualifiés. Ces faits inexistants au regard du droit se distinguent donc des infractions (brûler des poubelles, détériorer des boîtes aux lettres…), actes réprimés par la loi même si la collectivité choisit de ne pas les poursuivre systématiquement.

La politesse est une vertu qui s'acquiert par l'éducation; pourtant, les jurons n'existent pas aux yeux du droit, lequel ne connaît que des infractions qualifiées (l'injure, l'outrage, la menace…). Vivre bruyamment est une façon d'être (habitus) qui peut certes gêner des voisins et dégénérer en conflit; mais si une telle incivilité peut appeler réprimande de la part d'un éducateur, aucun traitement juridique ne pourra survenir tant qu'une instance judiciaire n'aura pas qualifié ce comportement trop bruyant pour le constituer en "tapage": l'attitude incivile devient alors infraction par la qualification qui lui donne un statut juridique.

L'incivilité est cette notion paradoxale et contradictoire désignant des actes qui, ne relevant plus de la simple morale (vertu privée), perturbent l'ordre social… sans pourtant être réprimés par ladite société. Il s'agit d'une notion infra-juridique qui regarde les conditions extérieures d'exercice de la vie collective.

L'invention de la civilité

Erasme a fixé le premier ce terme de "civilité" pour désigner l'ensemble des manières que l'enfant se doit d'assimiler pour s'intégrer à la société. La civilité puérile (1530) est un traité d'éducation entendue comme processus de polissage de l'individu à la façon d'un galet progressivement dégrossi: être poli c'est avoir intégré dans son corps même des règles extérieures de comportement: hygiène, tenue, maîtrise des pulsions.

Mais la civilité dépasse une façon d'être limitée à l'individu: elle rend possible un espace collectif de pratiques communes.

Les traités de savoir-vivre de la Renaissance italienne, à commencer par le Livre du courtisan de Castiglione (1528, plusieurs centaines de traductions et rééditions jusqu'au XVIII° siècle) ont contribué à créer une dimension nouvelle de la vie collective: ils sont en cela contemporains de l'humanisme (les hommes sont créateurs de leur propre monde, par opposition à un univers religieux donné et transcendant), de la politique entendue comme dimension autonome (Machiavel: les rapports de force sont constitutifs de la réalité humaine y compris dans les formes apparemment les plus civilisées), et de la redécouverte du dialogue comme condition d'émergence d'une pensée fondée non plus sur la soumission aux idées admises mais sur l'exercice commun de la raison (Castiglione analyse longuement les conditions d'exercice du … débat argumenté).

Par opposition à la courtoisie médiévale, qui caractérisait un système de valeur propre à ceux-là seuls qui fréquentent la cour, la civilité moderne revendique une valeur universelle. Son émergence coïncide en effet avec l'élaboration d'une unité européenne fondée sur une nouvelle base sociale. La civilité est ainsi, selon la thèse de N. Elias, un instrument essentiel de l'instauration de l'absolutisme, l'Etat étant d'autant plus solidement assis que la contention individuelle et la violence interindividuelle limitent le besoin de recourir à une répression institutionnelle ouverte.

Si le respect des civilités n'empêche ni les guerres (nationales ou de religion) ni les conflits d'intérêt (oppositions sociales, luttes entre cités), il limite cependant les occasions de frictions individuelles. Pour Montesquieu, la civilité est un frein aux pulsions individuelles. A ce titre, elle vaut mieux que la politesse: "la politesse flatte les vices des autres, et la civilité nous empêche de mettre les nôtres au jour: c'est une barrière que les hommes mettent entre eux pour s'empêcher de se corrompre" (ce dernier terme étant à prendre au sens originel presque chimique, de "transformation" ou "dénaturation").

La civilité vise donc à une régulation des affects individuels. Elle favorise l'émergence d'une vie collective sans toutefois l'organiser ni la fonder.

Des civilités relatives?

Chaque collectivité développe ainsi des formes d'existence institutionnelles, économiques ou sociales qui lui sont propres. Ces constructions dessinent une cohésion inclusive (l'appartenance à une communauté) autant qu'une limitation exclusive: celui qui ne maîtrise pas les formes de civilité apparaît tout d'abord comme un barbare, ou comme un être non encore institué (mal ou non élevé).

Ainsi la façon de se saluer change selon les pays et les siècles; elle évolue d'année en année, parfois d'une région à l'autre, varie selon les sexes, les classes sociales ou les contextes. Mais ce qui est universel, c'est la nécessité d'échanger des signes de reconnaissance pacifique préalablement codifiés.

La découverte de la diversité des lois, des valeurs, des coutumes selon les nations, les classes sociales ou les groupes constitue une expérience majeure de rencontre de l'Autre. Aussi la prise de conscience de la relativité des coutumes (Montaigne, l'humanisme, le thème du sauvage), puis la thématique de la tolérance (les Lumières, Voltaire) ont-elles constitué le socle de l'élaboration historique des droits de l'homme: des comportements étranges ou étrangers ne peuvent remettre en cause la dimension humaine de l'Autre.

Une civilité purement formelle?

Pas de société sans civilité, donc. La civilité contribue à dessiner et à consolider une forme d'organisation sociale qui rend possible l'exercice d'une liberté, alors que l'incivilité ne peut que freiner la cohésion sociale.

Aussi parvient-on à cette situation paradoxale: la civilité est indispensable dans son principe, utile dans sa fonction, mais aucune de ses formes n'est réellement fondée. Appartenir à une société, implique donc, de fait, d'en accepter certaines formes culturelles et sociales arbitraires, même si leur non respect n'est pas en droit répréhensible. Il s'agit là d'une acceptation de convenance qui n'a rien à voir avec l'obéissance aux lois: c'est par réalisme que l'individu membre d'une communauté se conforme aux bons usages, tandis que le citoyen doit obéir à la loi parce qu'il la produit par l'exercice de sa souveraineté.

Ainsi, le respect extérieur de ces normes de comportement ne peut ni attester la moralité d'un individu, ni garantir la liberté collective, ni témoigner d'un degré d'avancement de la société. L'attitude tranquille "de père de famille" invoquée par certains contrats locatifs n'est pas un gage de civisme: il est des assassins extrêmement civils, et des "délinquants en col blanc" très bien élevés. Plus grave encore, certains régimes dans lesquels "l'ordre règne" s'appuient d'autant plus sur des apparences de civilité qu'ils sont fondés sur la terreur.

Incivilités, déviance et violence

La mise en place d'une civilité généralisée s'est accompagnée historiquement d'une délégitimation des violences particulières. L'Etat devenu dépositaire de la violence légitime (guerres, recours aux forces de l'ordre, répression judiciaire…) pouvait désormais pénaliser les comportements jugés violents. Restait alors à définir ces résistances à la civilité, à qualifier et traquer les violences devenues socialement insupportables en gommant les violences structurelles ou acceptées.

Les sociologues nomment déviance les comportements qui transgressent les normes sociales admises (normes qui peuvent être explicites ou non, avoir valeur générale ou limitée à tel sous-groupe, telle situation particulière.). Ces comportements "déviants" peuvent être anodins (tenue vestimentaire originale, horaires décalés), choquer certaines personnes (homosexualité explicite), frôler l'illégalité (conduite à risque de véhicules). Au-delà d'éventuelles explications psychologiques (adolescence, réaction à une éducation trop rigide…), ces déviances sont fréquemment interprétées comme indices d'un relâchement du tissu social: absence de perspectives d'intégration, repli des individus fuyant le corps social, défiance conséquente envers les institutions, tous ces facteurs expliqueraient une augmentation des incivilités, des violences urbaines et donc du sentiment généralisé d'insécurité.

Pourtant, certains chercheurs estiment que cette violence (dont l'augmentation reste à démontrer) est une forme de remise en question de l'Etat délégitimé par son incapacité à garantir une sécurité au sens large (emploi, santé, éducation…). En ce sens, incivilités et petite délinquance deviendraient des signes paradoxaux (et contestables) d'une démocratie prête à résister à un conformisme extérieur.

Dépasser la civilité

Il faut donc dépasser l'ambiguïté du concept de civilité, pour atteindre les deux dimensions que sont le droit et la politique. Pour ce faire, il importe de quitter la sphère privée et de remplacer le conformisme des formes sociales par l'appropriation critique d'un exercice de la souveraineté du citoyen.

Civilité et comportement extérieur sont à considérer comme des résultantes et non des préalables. C'est dire que la civilité doit céder le pas au civisme qui est mouvement, constitution progressive d'une collectivité non subie.

L'examen des limites de cette notion de civilité constitue l'occasion d'une réflexion sur le rôle de l'éducation (et en particulier de l'Education civique, sociale et juridique) qui ne constitue ni un apprentissage normatif des bonnes manières ni une école de conformisme. Eduquer c'est, à l'instar de l'instituteur, instituer un citoyen capable de donner un sens à son comportement, à ses choix, à ses connaissances, donc à la société à laquelle il appartient.

 

 

  1. Pour toi qu’est ce que la civilité ?
  2. Pourrais tu donner un exemple de civilité. En justifiant ton point de vue .
  3. Quel serait ta reaction en face d'une personne faisant preuve d’incivilité ?
  4. Quel sont les trois mots les plus symboliques en parlant de civilité et de politesse

 

INTERVIEWS

 

1er Temoignage:

Nom : Stéphanie BRILLET

Age : 18

Profession : Lycéenne

C’est le respect, cela passe par le dialogue car c’est le respect mutuel entre les personnes
Laisser une femme enceinte s’asseoir dans le bus est un exemple de civilité .C’est de la courtoisie .
Je le dis a la personne , je me révolte. Car c’est un manque d’éducation

RESPECT, COURTOISIE, TOLERANCE

2e temoignage

Nom : Alexandre DURAND

Age : 15

Profession : Lycéen

Pour moi c’est le respect d’autrui, c’est a dire la politesse et la tolérance cela passe aussi par le partage
Un exemple de civilité pour c’est le respect pour les non fumeurs (ex : dans une salle ou il est interdit de fumer certaine personne se permettent de fumer et gênent les autres .)
Rien car ce ne sont pas mes affaires et je ne les connaît pas
POLITESSE, DIALOGUE et RESPECT

3e temoignage

Nom : Guy ENGOULOU

Age : 17

Profession : Lycéen

Respect de certaines lois morales: tolerance ecoute des gens
Ne pas boire excessivement pendant en soirée sachant qu ‘après on a une voiture a conduire pour ne pas mettre la vie d’autrui en danger .
J’interviens en essayant de le raisonner puis on voit selon les circonstances
TOLERANCE, RESPECT et ECOUTE

4e temoignage

Nom : Alpha Dione, membre du groupe Cyber-Pënc

Pays : Dakar – Sénégal

Profession : Etudiant en philosophie

La civilité est la politesse, la courtoisie
Un exemple de civilité : dire Merci si l'on nous donne quelque chose, un cadeau ou autre service. Pourquoi? Parce que c'est un signe de reconnaissance et donc, de respect.
Cela dépend de l'affinité que l'on a avec la personne autrement des circonstances. On peut soit intervenir soit laisser passer parce l'on n'y peut rien.
Sociabilité - Respect d'autrui - Courtoisie

 

 

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