Offrejoie

L' Engagement Pour Un Liban Uni, Plural, Juste et Libre

 

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Le grand trou dans la couche d'ozone fait craindre, avec le réchauffement de l'atmosphère, la fonte des glaciers polaires et, par conséquence, la montée du niveau des mers qui envahiraient les terres. Le retrait unilatéral d'Israël des zones occupées du Liban Sud ne risque-t-il pas d'entraîner des conséquences aussi graves pour le pays ? Nous traversons encore une fois un moment décisif, la période la plus cruciale de notre histoire contemporaine : supprimée la zone-tampon, c'est tout le Liban qui risque d'être pris pour la ligne de démarcation où se redessinent les lignes de partage. Il y a longtemps que notre pays est écrasé. Mais qu'on n'attende pas qu'il s'écrase ! La nouvelle génération issue de la guerre ne le laissera pas rayer de la carte. Non, ils ne nous dresseront plus Libanais contre Libanais. Nous ne croyons plus aux murailles pour défendre une identité. Notre identité est plurale et notre union est le germe de notre indépendance et le cadre d'une justice à faire advenir entre tous. Plus qu'aux murailles, c'est à ces panneaux routiers qu'OFFREJOIE a rétablis ou établis pour la première fois entre toutes les régions libanaises que nous devons notre force faite de respect, de pardon et d'amour. Le filet serré de nos chemins croisés ne cédera plus, d'où qu'on tire pour nous déchirer à nouveau. Amis de France et d'Europe, qui nous aidez à nous reconstruire nous-mêmes en rebâtissant nos ruines, et vous Libanais de I'Exil et de la Présence dans le monde, le même souffle de liberté qui soulève nos poitrines en internationalisant la question libanaise est le rempart de notre espérance. Il n'y a d'ailleurs d'autre question que celle de savoir si, pétri du sang tragiquement versé par méfiance réciproque, le ciment de la volonté de vivre ensemble n'est pas le plus exportable des produits libanais. La mondialisation, la vraie, c'est nous.

MELHEM

 

 

LES VILLAGES DU SUD RETROUVENT LEURS NOMS

Comment ne pas se perdre dans les zones évacuées par lsrael? Désormais, il suffit de consulter un de ces panneaux indicateurs bleus, repartis sur les principales routes du sud. Des jeunes rassemblés par l'association Offrejoie ont installé 168 panneaux dans 73 villages. Une manière de sillonner la région, d'affirmer leur présence aux côtés des habitants.

Il est 6 heures. Un brouhaha inhabituel envahit peu à peu la rue Clemenceau, point de rencontre de jeunes venus de tout le Liban. Embrassades, coups de main, certains se retrouvent, d'autres font connaissance. L'ambiance est à la bonne humeur. Objectif: placer en deux jours des panneaux indicateurs tout au long des routes qui mènent vers Naqoura, Bint Jbeil et l'ouest de la Bekaa.

Bien au-delà des panneaux, ce qui motive les jeunes, c'est le fait de se rendre dans un Sud dont ils ont beaucoup entendu parler. « S'y rendre, mais pas en tant que simples touristes! », lance Pascale. « Nous désirons partager l'émotion des habitants, vivre ces instants avec eux. Nous sentons que nous appartenons à cette terre du Sud », ajoute-t-elle. Manifestation de solidarité, engagement, motivation... les jeunes bouillonnent d'énergie, s'impatientent. Un week-end chargé les attend. Bon nombre d'entre eux grimpent dans le car, d'autres dans des voitures. Ils se lancent enfin dans l'aventure.

Le groupe est partagé en trois équipes. La première prend la route vers Naqoura. Les autres continuent vers Kfarkila, premier arrêt. La route se divise en deux bifurcations. Tout le monde descend, pioches et pelles à la main. Il est presque 9h3O. Munis de leurs cartes, des membres de l'équipe repèrent les endroits où seront installés les deux premiers panneaux. Les équipes commencent à creuser, sous l’œil curieux de trois membres du Hezbollah, postés au croisement. Une voiture de passage s'arrête. Le conducteur demande la direction de Khyam. « C'est l'autre bifurcation! », s'empresse de répondre un jeune. La voiture fait marche arrière et change de direction. Hésiter devant un croisement, se tromper, demander son chemin aux habitants qui n'ont pas fui leurs villages pour Israël... Une scène habituelle. Selon Ramez, habitant de la région, « cette partie du Sud a été isolée depuis vingt ans. C'est normal que les gens se perdent. Mais pourquoi celui qui est originaire du pays ne doit-il pas retrouver sa voie après des années d'absence? » Les routes de l'ex-Sud occupé sont, la plupart du temps, désertes. Les panneaux indicateurs se font rares. « Tous les panneaux placés par les Israéliens ont été enlevés. On ne veut garder aucune trace de l'occupation », ajoute Ramez. Installer de nouveaux panneaux, une action à laquelle participe un adolescent, Hassan. « Ceci aide les habitants à se sentir appartenir au Liban. C'est leur dire aussi que les Libanais des autres régions ne les ont pas abandonnés », explique-t-il.

Si Hassan est la, c'est pour contribuer lui aussi à ce qu'il appelle « le début de la reconstruction » Mais quelle reconstruction lorsque l'Etat, son principal acteur, reste quasi absent? Entre-temps, des jeunes prennent l'initiative et se partagent le travail. (…) Une équipe prend la direction de Bint Jbeil, l'autre se dirige vers Klayaa, Marjayoun jusqu'à la Bekaa-Ouest. Un trajet qui ne manque pas de rencontres ni de risques. Debl. Le car s'arrête après un virage. Le groupe en descend. De l'autre cote de la route, trois hommes réparent un canal d'eau. L'un d'eux, la quarantaine, le visage bruni par le soleil, se dirige vers les nouveaux venus affaires. « Il faut faire attention, au champ de mines de l'autre côté des barbelés », prévient-il, le regard vif. (…)

Parler avec les gens, communiquer... tel est le souci premier de ce groupe de jeunes venus de toutes les régions du Liban. « Cette région est un mystère pour moi. On ne connaît les villages qu'à travers la guerre et l'occupation. Les noms ont toujours été associes à une bombe, voiture piégée ou des morts. J'ai voulu enfin connaître la région, voir de mes propres yeux, écouter les histoires des habitants, comprendre leur vraie réalité. Les panneaux indicateurs ont été un moyen symbolique de mettre les noms sur les villages », affirme Bechara, membre de l'association. Une activité à l'aspect national, social... Une manière de soutenir les habitants, d'être à leur écoute et de leur dire qu'ils ne sont pas oubliés...

L’Hebdo Magazine, juin 2000